SENDIKA TRAVAYÈ DEPO PWOGRAM ALIMANTÈ MONDYAL OKAP   (STDPO)

SYNDICAT DES MANUTENTIONNAIRES DU PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL AU CAP-HAITIEN

 

 


 

19 novembre 1999

 

 

 

A: M. Charles Vincent, Représentant, Programme Alimentaire Mondial       

Du: Syndicat des Manutentionnaires du Programme Alimentaire Mondial au Cap-Haïtien

Objet: Correspondance du 11 novembre 1999 

 

 

Monsieur :

 

Tout d’abord, le Syndicat prend acte de votre lettre en date du 11 novembre, signe longtemps attendu par nous d’une volonté de dia­lo­guer au sein de cette Institution.

 

Nous avons lu et discuté votre missive en Assemblée Générale. Vous demandiez « patience et courtoisie » eu égard à sa longueur. Pour notre part, nous pensons que la moindre « patience et courtoisie » du PAM serait de nous adresser sa correspondance dans la langue officielle d’Haiti qui est celle que nous parlons: le créole. Tout comme nous le faisons ici pour vous, dans le souci d’une compré­hen­sion scrupuleuse.

 

Cette correspon­dance consti­tue, depuis le début de nos pourparlers, la toute pre­mière ré­ponse formelle des instances diri­gean­tes du PAM. Cette réalité va à l’encontre de votre af­fir­ma­tion que nous sachions que « le PAM est ouvert au dia­logue » et explique, au contraire, le fait que nos der­nières communica­tions aient été adressées, plutôt, aux repré­sen­tants de la loi haï­tienne et à la population de cette ville. Considérez bien que : nos premiers pourparlers du 6 octobre (suivant notre pre­mière lettre d’annonce de mise sur pied du Syndicat au début du mois d’octobre) ont été modérés par l’admi­nis­tra­teur même que nous contestons (!) et (logi­que­ment) n’ont eu aucun suivi. Dans le même esprit de fuite, notre lettre du 12 octobre n’a pas eu de suite. 

 

Nous voulons signaler, néanmoins, la contradiction de vos propres propos : tandis qu’au premier paragraphe, vous accusez réception « au PAM Cap Haitien », d’une « série de lettres (23, 27, 29 octobre 1999) », vous déplorez que « ces lettres… n’aient pas été transmises directement au PAM »… ?!?.

 

Vous affirmez que notre affiche du 29 octobre était « un tract extrêmement négatif ». S’il convient de rectifier que, dûment signé par notre syndicat légal, cette affiche ne constituait nullement un « tract », nous voulons surtout mettre en exergue le déplacement que vous y faites de la centralité du problème : ce n’est guère l’affiche en soi qui était négative mais plutôt la situation même.

 

En effet, jamais, au cours de la longue adresse que vous nous avez envoyé, n’évoquez-vous l’abus flagrant dont nous avons été victime aux prises de votre cerbère, Frantz Mésidor. Jamais référence n’y est faite aux terribles sévices moraux que nous avons encourus par sa faute, tant durant la journée du 28 octobre 1999, ni durant tout le temps de sa gestion des dépôts. Jusqu’à présent, jamais nous n’avons eu de réponse à notre requête de réparations pour ces brutalités. Vous n’êtes pas sans savoir que Mésidor effectivement nous insulte gratuitement, nous fait cirer ses bottes, etc… Vous n’êtes pas sans connaître la situation parfaitement illégale dans laquelle se trouve le PAM et où, après des et des années au service de cette institution, nous ne jouissons d’aucune sécurité d’emploi, d’aucun des bénéfices légaux auxquels nous avons pourtant droit.

 

De la dénonciation ou des faits dénoncés, lequel est négatif ?

 

Ensuite, votre lettre s’engage dans une longue description de l’action combinée du PAM et du gouvernement haïtien, relation politico-administrative qui ne nous concerne guère, nous, Syndicat défenseur des travailleurs opprimés des dépôts du PAM. C’est pourquoi nous nous refusons d’entrer dans l’analyse des propos tenus par vous à cet égard. Néanmoins, quelques remarques s’imposent. D’abord : nous ne savons nullement que le PAM ait essayé de redynamiser son assistance aux population les plus démunies du Nord ¾ il nous semble qu’un tel effort commencerait chez soi, par son traitement correct des travailleurs misérables. De même, vos belles phrases concernant la morale, la rigueur et le respect sonnent creux du fait du caractère subit et contra­dictoire de ce discours. En effet, vous affirmez que vous (PAM et le Gouvernement) ne “tolérez pas la vio­lence, d’où qu’elle vienne... verbale ou physique..., l’inci­tation à la violence et à la haine” etc., etc., tandis que votre estimé collaborateur Frantz Mésidor prend un plaisir à nous traiter gratuitement de cochons, à nous inviter à aller manger la merde, à nous imposer le nettoyage de ces chaussures...!!! A appeler les « agents de sécurité » pour nous menotter, la police pour nous bastonner comme « chimères – déchouqueurs » ! Comprenez notre étonnement / incrédulité pour avoir souffert (et continuer à souffrir) des insultes et du mépris constant de ce Mésidor que vous insistez à nous imposer comme “magasinier” (« contrôleur » pour ce qui nous concerne). Le fait que le PAM insiste à retenir Mésidor en dépit des accusations formelles de détournement qui ont été faites contre lui, nous autorise à douter de son intolérance du détournement de vivres.

 

Pour ce qui a trait à l’impossibilité que Mésidor nous distribue des vivres, il nous semble que le Syndicat n’a jamais formulé cette demande. Dans le cadre de nos revendications, nous avons mis devant la direction du PAM la honte de la destruction inconsidérée de stocks dits périmés d’huile et autres vivres alimentaires, et notre souhait de pouvoir en bénéficier. Cette démarche nous semble aller à radicalement à insinuations de “détournement” maintes fois reprises dans votre communication.

 

 

Venons-en aux « revendications » (demandes de respect de la loi, disons plutôt) agréées par le PAM. Ne vous parait-il pas décon­certant, M. Vincent, qu’une institution humani­taire, “morale” et “rigoureuse” telle le PAM ait pris si long­temps et tant de boule­verses (braquage d’armes, arresta­tions arbitraires, etc...) pour se résoudre à respecter les prescrits de la loi en matière de conditions de travail (toilettes, douches, reconnais­sance officielle de ses employés - badge “approprié”)?

 

Plus loin, votre approche de l’emploi et des revenus nous parait une autre fois de plus outrageusement pompeuse et fausse. Votre cal­cul impressionnant de 100 à 160,000 gourdes le tri­mestre ne rime qu’à la pitance de 51 gourdes et 59 centimes après avoir doublé le volume de notre travail!!! Et ce calcul est fait en estimant une moyenne de 130,000 gourdes divisée par vingt-huit travail­leurs, ce qui est sous-calculé dans les fréquents cas d’urgences de livraison... De plus, vous le savez parfaitement, pour assurer la transmission rapide des vivres, nous travaillons de jour comme de nuit. Nos heures de nuit ne sont pas payées selon la loi. En acceptant que ce salaire les paie, mais alors, nous ne toucherons que les misérables “36 gourdes” de la loi, décriées par les ouvriers de l’ensemble national car ne pouvant en aucune manière assurer la subsistance d’un travailleur et de sa famille. Une étude réalisée sur les frais de survie d’une famille haitienne en 1995 montraient la nécessité de 363 gourdes par semaine pour sa survie élémentaire., que vous connaissez sans doute aussi bien que nous. 

 


Il est regrettable que vous ne vous soyez pas attardé sur l’inouie régression qu’a subi nos salaires dans les temps qui viennent de passer, violation flagrante de la législation du travail.

Trouvez-vous normal, vous, de soulever une charge de 12 kilos pour 0,5 gourdes?!! Non, monsieur, cela ne l’est pas. Vous mènerez votre propre enquête, nous, c’est notre métier, nous connaissons le marché, et nous vous garantissons d’avance que vos tarifs sont bas, bas, beaucoup trop bas.

Nous ne participerons pas à cette enquête de plus parce que nous connaissons le milieu que vous nous proposez pour être un milieu esclavagiste dans lequel les travailleurs dorment à même le sol et reproduisent leur misère en étant obligé de refuser à leurs enfants l’accès à l’école et les renvoyant les remplacer dans ces mêmes salaires de misère. Nous refusons à la PAM de se mettre au même rang que les pires rapaces esclavagistes de cette cité.


Ø      Le Syndicat accepte les vêtements de travail que le PAM nous offre tout en faisant remarquer qu’un t-shirt nous parait bien fragile comme uniforme dans le type de travail que nous faisons.

Ø      Concernant le transport, nous vous conseillerions, monsieur Vincent, de vous reporter à l’article ____ du Code du Travail qui est formel en ses prescrits de transport à offrir aux travailleurs pour les lieux de travail se trouvant en dehors des limites de la ville. Ce refus formel est tout bonnement illégal.

Ø      Remarque d’ensemble sur la fin de votre correspondance:


Il y a là mélange assez indigeste de paternalisme (déjà discernable depuis l’offre d’ “une casquette et un t shirt), de menaces et de despotisme de fabrique. Que veut dire: “ceux qui ne se sentent pas bien dans leur travail ici sont libres de nous le dire, nous nous serrerons la main et vous souhaiterons bonne chance dans vos nouvelles activités?”. Sachez monsieur que les lois nationales ont leurs exigences que toutes les institutions et établissements sont tenus de respecter. Nos revendications sont légales. Non, nous ne nous sentons pas bien du tout dans notre emploi où les sévices corporels et moraux que nous avons eu à subir face à nos revandications légales dépassent l’enten­de­ment. Et nous sommes disposés à nous battre pour faire respecter cette loi déjà minimum. Si vous, par contre, êtes décidés à mettre fin à notre empli, vous remplirez de même les formalités d’usage et soyez convaincus 1) que votre action anti-syndicale sera portée devant la justice de ce pays, avec demande de dommages et in­te­rets, 2) que vos prochains travailleurs s’élèveront, comme nous, contre ces pratiques de travail rétrogrades et humiliantes.

 

Il n’est pas question de “buffet campagnard” (avec insinuations de mauvais goût) qui tienne. Le PAM devra respecter la loi et la dignité des travailleurs qu’elle emploi.

 

 

Pour le Syndicat

 

Franck Valmy

Secrétaire

                                                       

cc: Groupe d’Assistance Juridique (GAJ)